Vous le savez la culture est en danger. L’offre littéraire sera limitée à Harry Potter et Millénium d’ici 5 ans si on ne vote pas correctement le 11 mars et les Transformers sont en passe de remplacer Jean Ziegler dans le coeur des étudiants en sciences humaines de nos universités. Mais c’est le premier avatar du bon goût qui est aussi le plus menacé. Les théâtres auront bientôt des restaurants chinois pour pierre tombale si on ne fait rien pour stopper l’avancée de Fu-Manchu et de ses robots de glace turbo-thatchériens. Ou alors, toutes ces simagrées ne sont que des fariboles visant à mettre la main sur l’argent des moins nantis.
C’est en tout cas la folle réflexion que je me fais lorsque j’entends qu’un certain Thierry Loup directeur de la fondation Equilibre et Nuithonie touche la somme de 208’000 CHF par an pour ses services. Je suis très content pour lui et tout à fait certain qu’il travaille très dur pour mériter sa pitance. Il nous dit lui même qu’il visionne plus de 100 spectacles par année, un sacerdoce. Là où ça me pose un petit, mini problème, c’est quand je vais regarder un peu comment sont financés ces luxueux (je le sais, j’y suis allé!) théâtres. Evidemment, ces derniers ne sont pas vraiment compétitifs et très peu innovants puisque complètement sclérosés par les montagnes d’argent récoltées avec l’aide des forces de l’ordre. Leur fonction principale reste de flatter les milieux culturels et bourgeois ainsi que de faciliter la récolte de voix lors des prochaines élections. Il faut donc piquer les sous à quelqu’un pour les faire fonctionner car personne ne va financer un truc pareil volontairement.
En fouillant un peu sur le web, j’ai pu trouver quelques chiffres sur le site de Coriolis Infrastructures, “l’Association de communes pour la politique culturelle dans l’agglomération de Fribourg”. Ainsi, le budget 2006 annonce 1’030’000 CHF de la part de Coriolis, 100’000 CHF de l’état de Fribourg, 170’000 de Coriolis Promotion et 345’000 CHF de la Loterie Romande (dont les revenus sont grandement alimentés par des gens de conditions très modeste). On arrive à environ 1 millions et demi d’argent détourné de son parcours naturel pour payer des types super-compétents à faire tourner des organismes réservés principalement aux classes supérieures. Pour la salle de spectacle de Fribourg, ironiquement baptisée Equilibre, les chiffres sont tout aussi haut en couleur. Je vous laisse fouiner sur le site de Coriolis-fr.com.
Et hop, directement de la poche des moins riches vers les plus riches. Et je ne veux même pas penser au coût de construction de ces chef d’oeuvre architecturaux. Les fils d’ouvriers continueront à payer un bras leur entrée à Transformers 4 et les notables pourront profiter à loisirs des merveilles de la vraie culture.

