Fribourg subventionne les 1%

Vous le savez la culture est en danger. L’offre littéraire sera limitée à Harry Potter et Millénium d’ici 5 ans si on ne vote pas correctement le 11 mars et les Transformers sont en passe de remplacer Jean Ziegler dans le coeur des étudiants en sciences humaines de nos universités. Mais c’est le premier avatar du bon goût qui est aussi le plus menacé. Les théâtres auront bientôt des restaurants chinois pour pierre tombale si on ne fait rien pour stopper l’avancée de Fu-Manchu et de ses robots de glace turbo-thatchériens. Ou alors, toutes ces simagrées ne sont que des fariboles visant à mettre la main sur l’argent des moins nantis.

C’est en tout cas la folle réflexion que je me fais lorsque j’entends qu’un certain Thierry Loup directeur de la fondation Equilibre et Nuithonie touche la somme de 208’000 CHF par an pour ses services. Je suis très content pour lui et tout à fait certain qu’il travaille très dur pour mériter sa pitance. Il nous dit lui même qu’il visionne plus de 100 spectacles par année, un sacerdoce. Là où ça me pose un petit, mini problème, c’est quand je vais regarder un peu comment sont financés ces luxueux (je le sais, j’y suis allé!) théâtres. Evidemment, ces derniers ne sont pas vraiment compétitifs et très peu innovants puisque complètement sclérosés par les montagnes d’argent récoltées avec l’aide des forces de l’ordre. Leur fonction principale reste de flatter les milieux culturels et bourgeois ainsi que de faciliter la récolte de voix lors des prochaines élections. Il faut donc piquer les sous à quelqu’un pour les faire fonctionner car personne ne va financer un truc pareil volontairement.
En fouillant un peu sur le web, j’ai pu trouver quelques chiffres sur le site de Coriolis Infrastructures, “l’Association de communes pour la politique culturelle dans l’agglomération de Fribourg”. Ainsi, le budget 2006 annonce 1’030’000 CHF de la part de Coriolis, 100’000 CHF de l’état de Fribourg, 170’000 de Coriolis Promotion et 345’000 CHF de la Loterie Romande (dont les revenus sont grandement alimentés par des gens de conditions très modeste). On arrive à environ 1 millions et demi d’argent détourné de son parcours naturel pour payer des types super-compétents à faire tourner des organismes réservés principalement aux classes supérieures. Pour la salle de spectacle de Fribourg, ironiquement baptisée Equilibre, les chiffres sont tout aussi haut en couleur. Je vous laisse fouiner sur le site de Coriolis-fr.com.

Et hop, directement de la poche des moins riches vers les plus riches. Et je ne veux même pas penser au coût de construction de ces chef d’oeuvre architecturaux. Les fils d’ouvriers continueront à payer un bras leur entrée à Transformers 4 et les notables pourront profiter à loisirs des merveilles de la vraie culture.

Je n’irai pas voter le 11 mars

Les votations approchent à grands pas. En toute logique, les partis commencent à communiquer sur les propositions qui devront être votées. La presse, le web entrent petit à petit en effervescence. Les idéologues se secouent les miches avec vigueur. On présente au peuple diverses options qui vont concerner la société entière. En fait, c’est plus que ça. Les décisions qui seront prises dans un mois seront imposées, par la force s’il le faut, à tous les individus qui séjournent sur le territoire helvétique. Dans les faits, on demande à chaque individu de décider, pour les autres, à travers ce que l’on appelle le « processus démocratique ». On l’encourage à prendre la responsabilité de juger de ce qui est bon pour les autres, on l’incite à empiéter sur les affaires de toute la population d’une manière qu’il n’oserait autrement jamais ne serait-ce que pour quelques personnes.

Je m’explique. Nous allons, entre autres, voter sur le « prix unique du livre ». L’idée de fixer un prix unique aux ouvrages et de mettre à l’amende puis en prison ceux qui ne le respectent pas. Quel citoyen aurait l’idée d’aller sur un site de vente d’enchère, de noter soigneusement les prix de vente des ouvrages et d’agresser ceux qui fixent un prix trop élevé à son goût, tout cela, au nom de la défense de la culture et de la protection des petits libraires ? Nous sommes tous d’accord pour dire que ce type serait complètement dingue. Et bien, avec une dose suffisante de propagande, on apprend au citoyen qu’il n’est pas ridicule pour lui de prendre ce genre de décision pour les autres, pas plus qu’il n’est immoral d’encourager la répression qui l’accompagne. Il lui suffit de participer aux débats et d’aller voter ensuite. Cela le rend vertueux, même s’il a tort ou qu’il vote sans savoir de quoi il retourne réellement. Il participe au « processus démocratique » et donc sa responsabilité morale n’est plus engagée. C’est ce qu’on appelle un « citoyen engagé ». Et c’est toujours bien d’être un « citoyen engagé ». Sauf si on est UDC, cela va sans dire.
Pour ma part, je ne veux pas décider pour les bientôt 8 millions de péquins qui arpentent le pays. Ce n’est pas dans mon éthique. Qu’ils créent leurs œuvre littéraires, qu’ils les vendent, qu’ils les donnent, qu’ils les achètent à des prix prohibitifs si ça les chante. Deuxièmement, je ne suis pas socialiste, je ne suis pas « social-démocrate ». Je ne sais pas prévoir ce qui arrive lorsqu’on force des millions de personnes à faire quelque chose qu’ils ne veulent pas. Je n’ai malheureusement qu’un cerveau humain moyennement performant qui ne sait pas anticiper les modifications d’attitude, les effets pervers qui découlent de ce genre de décisions. Je n’ai pas non plus les nerfs assez solides pour prendre des décisions qui vont impacter les emplois, les revenus et les modes de vie de personnes que je ne connais même pas. Je refuse donc de prendre parti et mettre le bulletin dans l’urne. Mais si vous voulez quelques livres pour moins cher que les grands surfaces, vous pouvez me contacter, j’en ai quelques-uns dont je souhaite me séparer.
Je refuse de prendre parti. Je refuse même de dire s’il bon ou mauvais de travailler 2 semaines de moins par année. C’est l’autre grande question sur laquelle il faudra se prononcer le 11 mars. Probablement que cette loi permettrait à certains travailleurs de vivre quelques années de plus. Probablement que certains suisses se retrouveraient au chômage à cause des coûts engendrés par ces nouvelles mesures. Et il est assez certain que les entreprises verraient leurs gains fondre en partie. Je ne vais pas peser le pour et le contre, je n’en suis de toute façon pas capable. Je préfère que chacun juge de ses propres priorités, et surtout de sa situation spécifique, plutôt que de voir une société basée sur une série de grandes règles plus ou moins arbitraires.
Voici ce que les initiant vendent: « Est-il justifié d’avoir au moins 6 semaines de vacances par année? ». Bien-entendu, c’est une bonne chose de consacrer du temps à ce que l’on souhaite vraiment faire. C’est important de laisser retomber le stress et tout le tintouin. Mais ce n’est pas sur ce point que l’on nous demande de prendre une décision.
La véritable question est « Soutenez-vous la répression des entreprises et des individus qui ne garantissent pas 6 semaines de vacances à leurs employés ? ». Cet aspect répressif est soigneusement caché, y compris par les adversaires qui savent bien qu’ils auront besoin, plus tard, du même stratagème. A leur tour, ils auront besoin du bâton. Je pense que l’on peut débattre de tout. Mais le débat qu’on nous propose ne vise pas le consensus ou un accord commun. La discussion n’est que secondaire et n’est là que pour légitimer l’imposition de la décision, quelle qu’elle soit. Les gagnants vont jubiler et les perdants seront abandonnés à leur sort. C’est l’essence du système.

Certains m’ont dit que j’étais fataliste. Ils ont avancé que je laissais les autres prendre des décisions à ma place. C’est étonnant, parce que c’est surtout le fait que je ne vote pas qui attise ce genre de commentaire. Comme si mon vote aurait démontré ma détermination à changer le monde pour le meilleur. Cela montre à quel point les gens sont persuadés que voter est une action aux conséquences réelles et non un cérémonial destiné à légitimer le pouvoir en place. Oui, il est demandé aux citoyens de prendre une décision pour les autres, mais c’est évidemment un tour de passe-passe. Tout est en réalité sous contrôle. On ne peut pas prendre le risque de laisser les gens réellement gérer eux-mêmes la société. Ce serait l’anarchie.
Je ne vais pas soutenir la répression des vendeurs de livres, ni celle des entrepreneurs. Mais je ne vais pas non plus soutenir ceux qui s’opposent à ces propositions de lois dans la sphère politique. Le fait est que la question ne devrait pas être posée du tout, pas de cette manière là. Je m’oppose aux règles du jeu qui ne veulent que créer des perdants. Je veux vivre au sein d’une société ouverte et tolérante dans laquelle la discussion est la valeur première et non la valeur alibi.

Indice de Liberté Economique 2012

Chaque année, la Heritage Foundation, en collaboration avec le Wall Street Journal, publie un rapport sur l’Indice de liberté économique. L’ILE est un ensemble d’indicateurs qui mesure le degré de liberté économique à travers le Monde. Cet index démontre, depuis 1995, que la liberté économique est un élément essentiel de la réduction de la pauvreté et du développement humain. En effet, la corrélation entre différentes mesures de la prospérité des nations et le degré de liberté économique est très étroite. Plus on laisse le champ libre aux individus pour veiller à leur propre confort matériel plus l’Indice de développement humain ou encore le PIB grimpe. Pour une revue globale du rapport 2012, je vous renvoie à l’article de Contrepoints. De mon côté, je vais m’attarder un peu plus sur les résultats obtenus par la Suisse.

La Suisse est un exemple flagrant de la force avec laquelle la liberté de choix laissée aux acteurs peut avoir un impact radical sur la société. Le pays caracole en tête du classement d’année en année. En 2012, il se classe à la 5ème place. Les faits sont têtus, il est aussi un pays dans lequel il fait très bon vivre. Le chômage y très faible, le PIB par habitant indécent et la qualité de vie au top. Un enfer libéral, vous l’aurez compris.

Mais quelles sont les institutions qui font le succès et la prospérité de ses habitants? En premier lieu, la propriété privée y est une valeur fondamentale et férocement défendue. Les lois y sont appliquées avec rigueur et de façon équitable. La corruption y est faible et le pouvoir laissé aux dirigeants limité. Un certain P.H. en a fait les frais récemment. Vous l’aurez compris, le suisse est un rebelle qu’il conviendrait de mater au plus vite.
En second lieu, la taxation n’y est pas perçue comme une solution à tous les problèmes. L’imposition y reste modérée par rapport au reste du monde et les dépenses publiques sont sous contrôle relatif. La compétition est encouragée. Décidément, ce peuple est vil. Mais ce n’est pas tout. Les réglementations sur le travail y sont flexibles (comme en Chine!). Ainsi, les helvètes sont livrés à la chicote des exploiteurs capitalistes. Ils ont une retraite tardive et peuvent travailler plus de 40 heures par semaine.

Oui, le succès a un prix camarade. Pour s’enrichir, il a fallu vendre son âme. Le commerce est facilité et l’économie ouverte aux quatre vents. C’est qu’ils aiment échanger, les salopards. Pire encore, les investissements étrangers y sont les bienvenus. Des voleurs de travail, comme les irlandais (ils ont payé les bougres!). Pour finir le tableau, le secteur financier (les banques!) y a le vent en poupe grâce à des politiques accommodantes.

Vautré dans le stupre de la liberté économique, ce peuple sans honneur se permet donc de travailler et de s’enrichir. C’est forcément sur le dos quelqu’un, hein. Mais il n’est pas le seul. Des pays comme Hong-Kong (encore des chinois!) ou l’Australie se joignent à cette débauche de droits. Ensemble, ils… euh, ils empêchent les pays moins libéraux de se développer convenablement, voilà.

Trêve de galéjade. La violence et l’arbitraire tire les peuples vers le bas. La Suisse s’est construite sur un modèle favorisant l’indépendance, le marché et la liberté. Sa fidélité à ces principes lui permet de tirer son épingle du jeu. Cependant, je ne crois pas tellement à l’idée que la social-démocratie puisse faire autre chose que de réduire toujours plus la marge de manœuvre qu’elle laisse aux individus. Est-ce que ce n’est pas qu’une question de temps avant que le pays ne rejoigne le gros de la troupe ?
Régulièrement, les sirènes étatistes viennent frapper à notre porte. Elles nous promettent monts et merveilles. Elles nous tentent pour mieux nous asservir. Pourrais-tu refuser deux semaines de vacances de plus ? Pourrais-tu, sans cœur, laisser les miséreux trimer sans leur minimum vital de 4000.- (certains sont morts de faim à 3970.-)? Glisse ton bulletin dans l’urne, c’est facile et tu montreras que tu as du cœur. Comment résister ?

Dans ces moments-là, souvenez-vous de l’Index de Liberté Economique. Souvenez-vous que des femmes et des hommes indépendants sont la meilleure garantie de prospérité pour nos sociétés. Prouvez-moi que j’ai tort.

Une année en or

Laissez-moi vous raconter la petite histoire du jour. C’est celle d’un entrepreneur qui a dû statuer sur le cas d’un de ses employés pervers. Ce dernier avait exhibé une moulure de son pénis sur son lieu de travail. Moi ça me fait rigoler. Vous imaginez bien que ça n’a pas été du goût du patron qui doit assurer un minimum de sérieux dans l’entreprise. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce dernier s’est contenté de suspendre l’employé.

On commence déjà par se demander en quoi consiste une suspension dans le cadre professionnel. A quoi bon payer un employé indélicat sans tirer le bénéfice de son travail? Soit on le licencie, soit l’averti, soit on travaille dans un sauna. Mais le suspendre, non, on ne comprend pas. D’autant que l’employé avait avoué son terrible méfait et que sa libidineuse culpabilité ne faisait pas de doute.

Toujours est-il que l’artiste pénien a continué à toucher tranquillement son salaire pendant toute une année. A-il pu, en plus, tirer bon prix de ses œuvres ? L’histoire ne le dit pas.

Une autre question se pose. Comment se fait-il que le patron de cet individu au sexe immortalisé n’a pas finit par le licencier ? Lorsqu’on est manager, on a des budgets auxquels on doit se tenir.  Les dépenses inutiles sont minimisées, on n’imagine même pas un poste de dépense aussi ridicule persister plus de quelques jours. Ca ne tient pas debout.

Ca ne tient pas debout, sauf si l’employeur en question tire ses revenus des arbres à billets auto-arrosés que sont les contribuables. Hé oui, je vous ai bien eu ! Nous parlons ici d’un fonctionnaire de l’Etat de Neuchâtel. Son dossier avait simplement été oublié. Pensez-vous ! Avec toutes ces affaires courantes, cette lutte constante pour la rentabilité, les gardiens du peuple de Neuchâtel ont purement et simplement oublié le dossier de notre Michelangelo de la braguette. Pour la petite histoire, ce sont les mêmes qui ont “égaré” le dossier d’un conseiller d’Etat accusé de contrainte, d’abus d’autorité et de faux dans les titres. Qu’on le suspende!

L’affaire prend tout son sens. La suspension, le dossier qui traîne, un type payé à rien branler pendant 12 mois, il s’agit en fait de la routine d’un service publique, mon cher Watson. Vous avez dit cliché ? Allez, demain j’amène les photos de mes vacances libertines au Cap D’Agde pour montrer aux collègues, juste pour voir combien de temps je suis payé.

 

Merci à la RTS qui a mené l’enquête pour tirer cette affaire au clair.

Novartis restera à Nyon et c’est ta tournée

Comment ? Qu’est-ce que j’apprends ? Le site Novartis de Nyon ne sera pas fermé !? Les familles sont sauvées, les politiques sont portés aux nues et le Paléo festival ne sera pas gâché par les hordes de sans-abris forcés de mendier par la faute de de Jimenez et Vasella. Tout va bien à Nyon.

 

Mais ailleurs ? Que se passe-il ailleurs ? Je récapitule : Novartis a négocié avec les autorités pour obtenir des avantages en échange du maintien de son activité. Parmi les mesures, une exonération d’impôts. Là où les politiciens mettent les pattes, vous pourrez être certain de trouver une injustice. Ce que je donne d’une main, je le prends de l’autre (et je me sers au passage).

Dans ce cas, on fait un cadeau fiscal à une entreprise pour acheter sa présence. Evidemment, le montant du cadeau n’est pas dévoilé. Vous comprenez, c’est interdit. Et respecter la Loi, c’est très important. Quelle que soit cette somme, elle devra être payée par un groupe, au final, des individus. Indice : ce n’est pas l’Etat qui va casquer. Il ne réduira pas ses budgets pour combler le vide et continuera à mener grand train. Je suis un peu voyant, voyez-vous.

Le dindon de la farce, c’est le grand classique. Celui qui ne se plaint pas, qui est nombreux et pas trop investi en politique. Celui à qui on peut prendre de plus en plus, par tout petit bout. « Un peu de solidarité, ce n’est qu’un café par mois !». Vous les avez reconnus, les salariés pauvres ou pas trop riches viennent de prendre une carotte.

Les petits indépendants, les ouvriers, les classes moyennes devront remplir le trou creusé par les cadeaux faits à Novartis, à ses cadres, à ses employés qualifiés bien soignés. On me rétorquera que le trou est minuscule. Je répondrai que notre système fiscal est un emmental et que ce ne sont certainement pas les classes les plus pauvres qui profitent des innombrables niches. L’empilement de mesures de la sorte ne peut qu’avoir un impact sur le taux d’imposition global et on sait qui paie le gros de la masse.

 

Maintenant, mettons-nous dans la peau d’un restaurateur ou d’un peintre indépendant qui sue sang et eau pour gagner sa croûte. Personne ne viendra le sauver en cas de pépin, lui. Ce n’est pas un gros coup à jouer. La presse n’en parle pas et personne ne s’émeut. Et si nous empilions le nombre de petits entrepreneurs qui seraient sauvés de la faillite par un coup de pouce ? Pourquoi ce groupe, qui ne gagne certainement pas des milliards, même en agrégat, qui prend des risques personnels, pour enrichir le pays, ne pourrait pas bénéficier d’une aide de la sorte ?

Donc, non seulement les petits devront payer pour les gros, mais en plus, ils ne bénéficieront pas du même joker en cas de pépin. Deux poids, deux mesures au nom de la chasse aux voix.

 

Le sauvetage de Novartis, c’est aussi la preuve que les politiques, même de gauche, ont parfaitement compris le fonctionnement de l’économie. Ils sont conscients de la puissance des mécanismes de marché et les utilisent pour leur propre profit politique. Ils n’ont pas hésité à réduire les impôts pour garder Novartis à Nyon et passer pour les héros. Mais lorsque cela ne sert pas leurs intérêts, ils font mine d’ignorer ou de mépriser le marché. Ils veulent apparaître comme le rempart face aux excès du libéralisme débridé. Ainsi, les taxes incitatives pour favoriser les énergies propres, on en prend plein la gueule, que c’est formidable, que c’est fantastique. En revanche, personne ne s’attaque aux déductions massives d’impôts pour frais de déplacement en voiture. Et quand je dis massive, je parle par expérience. Un vrai foutage de gueule organisé dans lequel les automobilistes sont subventionnés pour la quasi-totalité de leur frais de déplacement en voiture, ce même quand ce n’est pas indispensable. Il suffirait de supprimer une ligne dans la réglementation (rien que de l’écrire mon gène socialiste a frémit). Vous les avez entendu les verts, menacer les 2000 balles d’impôts en moins de la famille Jacquet ? Evidemment, ils préfèrent construire des pistes cyclables avec votre pognon. Et oui, même les verts n’en ont rien à foutre du CO2.

 

Mais je m’égare. Tout comme nos amis les écolo-guévaristes, M.Leuba et ses semblables se fichent pas mal des travailleurs de Novartis. Ceux-ci ne sont que l’instrument d’un but autrement moins avouable et seraient abandonnés à leur sort s’ils n’avaient pas été sous le feu des médias. L’affaire Novartis, c’est avant tout un jeu politique et médiatique qui sert à légitimer le pouvoir.

 

Pendant ce temps, ailleurs, quelqu’un perdra peut-être bien son job au nom de la solidarité avec les travailleurs de Novartis.

Filière laitière: chronique d’une agonie organisée.

La semaine dernière, les producteurs de lait sont venus manifester leur mécontentement sur la place Fédérale. Ils craignent pour leurs revenus, pour la survie de leurs exploitations, et se déclarent les victimes d’une politique de prix injuste de la part des industriels. Il s’agit probablement du coup d’envoi d’une vaste campagne de lobbying visant à mieux protéger les producteurs de lait face au marché. En effet, nos producteurs ne peuvent pas lutter face à la concurrence internationale. Ils produisent trop cher et leurs petites exploitations ne permettent pas de rationalisation massive. Face à cette réalité, révélée par la libéralisation du commerce mondial, les accords de l’OMC et tout ce qui s’en suit, nos paysans ne peuvent que souffrir.

Mais il existe, quelque part, un héros. Un justicier au grand cœur qui intervient à chaque fois qu’un lobby puissant est en détresse. Vous le sentez venir, vous l’avez reconnu. Le contact chaud et rassurant de son monopole de violence se fait déjà sentir sur votre nuque. L’Etat, Poing de Justice, au cœur des ténèbres néo-libéraux est venu secourir les paysans.

Depuis déjà des années, il gère la surproduction, siphonne votre porte-monnaie pour subventionner des activités non-rentables. En fait, la politique laitière est une telle jungle de réglementations que c’est difficile de s’y retrouver. Un vrai fantasme de fonctionnaire. Grâce à cette politique de grande sagesse, le producteur de lait est devenu une sorte de junky, désormais dépendant du pis nourricier de la Mère Confédération. Les prix et les revenus sont séparés. Ainsi, en 2009, ce sont environ 295 millions de francs qui ont été versés directement aux producteurs de lait pour rendre leur production rentable (chiffres OFS). Une peccadille pour nos amis de Berne qui acquièrent des avions de chasse comme ma voisine son nouvel Iphone. Mais si on divise cette somme par le nombre de contribuable ça fait tout de suite moins rigoler.

Bref, nous assistons là à l’une des principales activités des interventionnistes : nier la réalité. Avec le temps, le groupe visé, victime à son insu, intègre ce nouvel univers artificiel. Comment pourrait-il en être autrement ? L’agriculteur comprend bien qu’il n’est plus un travailleur comme les autres. Son revenu ne lui vient pas de son labeur, mais du bon vouloir de l’Etat. C’est à ce moment qu’on dit qu’il offre un service public. Si j’osais prêter une conscience à ce dernier, je dirais qu’il est très heureux d’avoir mis un nouveau groupe sous sa coupe. Un pan de la société qui sera toujours là pour le défendre et dont la survie dépend directement de son bon vouloir.

L’agriculteur est ainsi devenu un vestige, une pièce de musée. Un insecte pris dans l’ambre, à l’abri des contraintes extérieur, que l’on peut observer à loisir, comme si on y était. Bien sûr, tout cela est beaucoup moins stable que le moustique dans son oléorésine du film Jurassic Park. Le principe de réalité frappe violemment et fissure constamment cette bulle. Ainsi, notre agriculture est un secteur en crise perpétuelle. Des ajustements s’avèrent tout de même nécessaires et viennent rouvrir la plaie lorsque les pressions internes, mais surtout externe se font sentir. A ce titre les accords de l’OMC ont été un facteur déterminant.

Dernièrement, un élément est venu bousculer la politique laitière. Les quotas de lait ont été supprimés. Et oui, pendant 32, aberration économique ultime, la production de lait a été contingentée. Les paysans n’avaient le droit de produire qu’une certaine quantité de lait. Fini depuis 2009! Ceux qui crient à la libéralisation scandaleuse peuvent baisser le poing, tout cela reste règlementé ad nauseam.

Les humains sont rationnels, intelligents et conséquents. De ce fait simple, on peut tirer une conséquence tout aussi simple : Lorsqu’on subventionne une activité, on peut s’attendre à ce que sa pratique augmente. Si vous avez bien suivi mon exposé, vous avez compris que la production de lait suisse, produit qui peine à trouver des débouchés, s’est mise augmenter avec la fin des quotas ! Cela rend les producteurs encore plus dépendants car ils produisent quelque chose dont personne ne veut dans des quantités plus importantes. Au final, il faudra bien que quelqu’un paie et cela risque bien d’être vous.  Vous ne digérez pas le lait ? Too bad.

Seule une bonne dose de socialisme peut accomplir le miracle de la multiplication de l'inutile.

En conclusion, notre grand justicier a réussi à faire augmenter la production d’un produit qui appauvri le pays et dont personne ne veut. Et il réussit cet exploit en ne satisfaisant même pas temporairement le groupe censé être protégé. Les mecs viennent lui foutre un veau mort devant la porte ! C’est un assez bon deal quand on y réfléchit 295 millions contre un veau mort devant la porte. C’est aussi une belle preuve d’échec. Nous subventionnons la misère mes pauvres amis.

Le drame de cette situation, c’est aussi l’impossibilité pour l’agriculture suisse de se réformer en profondeur pour atteindre son nouvel équilibre. Au lieu d’une révolution, nos paysans ont droit à une lente et douloureuse agonie. Et tous ceux qui soutiennent  le système actuel en sont les complices. Cette situation est d’autant plus désolante que nos agriculteurs créent des produits vraiment formidables et qu’il y a largement une place pour eux en Suisse, mais au sein d’un marché libre.

Les deux faces d’une même pièce

J’ai parlé, dans mon dernier billet, de l’incapacité des démocraties occidentales à sortir d’un schéma opposant socialistes et conservateurs. J’ai aussi avancé que nos Etats ont tendances à être toujours moins libéraux. Tout se passe comme si la seule raison d’être du système était de faire grossir, encore et toujours, les livres de lois, les budgets et les restrictions aux libertés.

Ainsi, cette semaine, nos dirigeants, tout pimpants de leur légitimité démocratique, ont décidé d’acquérir, en notre nom à tous, une flopée d’avion de combat suédois nommés Saab JAS 39 Gripen. J’en mouille mon slip rien que de l’écrire. On l’imagine fuser dans les cieux helvètes en envoyant des missiles dans tous les sens  en quête d’un ennemi… Et re-fuser en quête d’un convoi terroriste… Puis atterrir pour mieux re-fuser à la recherche de quelques brigands lyonnais ayant passé la frontière pour se faire une bijouterie. Bref, il doit bien y avoir un scenario plausible, vous voyez le topo.

Nos chers PLR et autres UDC se trouvent ravi d’utiliser notre argent, 3,1 milliards de francs pour être précis, pour des avions de combats indispensables. S’ils pouvaient avoir autant de cœur à la réduction de la bureaucratie dont ils font leur cheval de bataille, on serait bien content. Evidemment, c’est toujours plus facile de claquer des montagnes d’argent gratuit que de toucher aux privilèges et positions de rentes qu’ils ont eux-mêmes contribué à mettre en place.

Comment se fait-il donc, que les gouvernements, partout, soient toujours beaucoup plus efficaces à élever leur niveau de connerie qu’à réaliser leurs bonnes idées ?

Il y a une raison assez simple. Les petits groupes qui ont un grand avantage à une décision politique sont toujours bien plus motivés à la faire appliquer. Le cas des avions est assez révélateur. L’achat de ces coucous scandinaves ne menace directement les intérêts d’aucun groupe et ne fait que perpétuer un poste déjà existant. Pour un citoyen lambda, ce n’est pas très douloureux. Ca n’induit même pas un franc d’impôt supplémentaire. En revanche, s’attaquer aux privilèges d’un groupe, disons une subvention, c’est une toute autre histoire. Vous avez de bonne chance de vous retrouver face à une mobilisation forte du groupe visé accompagnée d’une campagne de victimisation avec force yeux de chats humides et bébés phoques bouffés par des néo-libéraux. C’est le cas à chaque fois que l’on essaie de toucher aux avantages des fonctionnaires, par exemple.  Refaisons le calcul, en cas d’achat de Gripen, le citoyen lambda, aura à peine quelque francs d’impôts à payer alors que le pilote d’avion verra son job directement menacé. En fait, c’est carrément toute la filière militaire qui se mobilisera.

Ainsi, ces chers conservateurs sont constamment obligés de sacrifier leur (léger) penchant libéral au profit d’une logique poussant toujours plus loin l’étatisation. La preuve : Malgré le fait que la droite domine largement la scène politique Suisse, et ce depuis toujours, la quote-part du secteur des administrations publiques représente près de 35% du PIB en 2009 (Statistique financière 2009 de la Suisse, Rapport intermédiaire, OFS). Une performance digne des meilleurs écolo-trotskistes. Rendez-vous compte, à l’heure du néo-libéralisme débridé plus d’un tiers de la richesse créée est engloutie par l’Etat! En 1970, nous étions autour des 25%. Vous savez cette époque si regrettée par nos amis keynésiens, avant l’arrivée des méchants néo-libéraux du genre de Ronald Reagan.

Une conclusion s’impose : la scène politique n’en a rien à carrer de notre liberté. La question n’est plus de savoir si on légifère mais qui légifère. Pour arriver sur la première marche du podium de la grande course au pouvoir, il a fallu promettre une bordée de mesures de protection, d’interdiction et de favoritisme. Et surtout, ne pas toucher ce qui est déjà en place hormis par le biais de réformounettes accouchées dans la douleur. Sans ces mesures de clientélisme démocratique, un parti n’a simplement aucune chance de prendre le pouvoir.

Nous baignons ainsi dans un pseudo débat dans lequel les deux courants majoritaires, désormais complètement amoraux et pragmatiques, rivalisent de propositions vides et consensuelles qui ne doivent vexer personne. Le nombre de législations et programmes auxquels on ne peut plus toucher (excepté pour une bonne vieille augmentation de budget) augmente chaque année et la marge de manœuvre de nos catch-all parties est d’autant réduite. Et c’est ainsi que le Léviathan étant ses tentacules.

Je ne saurais dire si cet état de fait est inéluctable mais il est certain que nos démocraties ont une tendance naturelle à verser dans un autoritarisme toujours plus grand. Je n’en serai pas complice.

Citation: Lysander Spooner

“N’importe quel homme, qui est vraiment un homme, préfèrerait être un sauvage, et être libre, créant et procurant uniquement la richesse qu’il peut contrôler et consommer au jour le jour, au lieu d’être un homme civilisé, sachant comment créer et accumuler la richesse indéfiniment, et n’étant pas cependant autorisé à s’en servir ou à en disposer, sauf sous la supervision, direction, et les ordres d’un ensemble d’imbéciles et de tyrans qui fourrent leurs nez partout avec une diligence ô combien excessive, et qui, n’ayant pas plus de connaissance que lui, et peut-être même pas la moitié des siennes, prendraient sur eux de le contrôler, sur la présomption qu’il n’a ni le droit, ni la capacité de déterminer par lui-même quoi faire des fruits de son labeur.”

 

Lysander Spooner, Les vices ne sont pas des crimes (1875).

Intervention de Nigel Farage sur l’entrée de la Croatie dans l’Union.

J’ai récemment découvert les interventions de Nigel Farage au Parlement Européen. Je ne dirai pas maintenant tout le bien que je pense de la construction européenne. Je vous vous ferai simplement part de l’immense plaisir que j’ai à voir l’homme au combat. M. Farage, orateur hors-pair, envoie dans les cordes tous ces euro-apparatchiks avec une verve rarement égalée.

Nigel Farage est membre du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, député européen et co-président du groupe Europe libertés démocratie (ELD).  Je vous présente ici son intervention récente sur l’entrée de la Croatie dans l’Union. Enjoy.

Tu es Serbe ou tu es Croate? Je suis Portugais.

Passons aux choses sérieuses. Pour poser un peu le débat, j’aimerais parler un peu de ma vision de l’échiquier politique et de son incapacité à représenter une éthique libérale.

Soyons clairs, la gauche, la droite, tout ça, c’est une manière sympathique de différencier les deux camps qui se battent pour le contrôle de votre vie. Vous êtes le steak bien saignant que deux chiens affamés veulent dévorer autant l’un que l’autre. Dans ce scénario, une chose est certaine : vous finirez bouffé. Pour nos amis politiciens, cette issue fatale ne doit surtout pas être remise en cause. Ben oui, c’est tout le but du jeu, vous piquer votre liberté. Mais enfin, c’est justifié car de toute façon vous n’êtes pas une personne responsable. Pensez-vous, un simple citoyen !

Si vous vous intéressez un peu aux positions des différents partis, vous constatez qu’aucun ne défend véritablement le libéralisme. Si vous êtes pour autoriser le mariage homosexuel, alors vous devez aussi être pour que l’Etat se serve allègrement dans les poches des pauvres pour subventionner des théâtres pour riches gens cultivés. Et si vous voulez faire baisser les impôts, vous voilà obligé de soutenir une politique antidrogues façon Inspecteur Harry. Vous êtes de droite ou de gauche. Et si vous n’êtes, ni l’un, ni l’autre alors vous êtes du centre. Et il y a une chose qui est certaine, vous n’êtes pas pour la liberté en tant que valeur centrale de la société. En y regardant de près, quelque soit le parti, il s’agit toujours d’imposer des règles de vie à autrui, et en masse (et ça, ce n’est pas bien, petit canaillou).

Et voilà, magie-magie, le libéralisme n’existe plus. Vous pouvez voter pour les autoritaires de gauche ou les autoritaires de droite.

Mais je veux rendre à César ce qui lui appartient et rendre justice à la réalité de notre pays. En Suisse, on peut encore s’estimer heureux. Le libéralisme n’est pas un gros mot et est vaguement porté dans les programmes politiques, une chose impensable chez nos voisins Français, Dieu les garde. D’ailleurs, je me demande si notre richesse subite n’a pas un lien avec… Mais qu’est-ce que j’invente encore moi ?

Veuillez m’excuser, je m’égare et je dois conclure ce billet. Je disais, donc, qu’il n’y a pas moyen de défendre ses convictions libérales par les urnes, ni en France, ni en Suisse, ni en Europe (je parlerai peut-être plus tard du cas Ron Paul).

Il y a une raison simple à cet état de fait. Un Etat non minimal et qui autorise les élus à légiférer sur tous les sujets est un gigantesque aspirateur à angoisses. C’est tellement rassurant de pouvoir s’appuyer sur les policiers et les juges pour faire respecter ses petites envies, ses convictions, ses craintes (largement excitées pas nos amis politiciens). Beaucoup veulent se créer leur petit monde sur mesure quitte à empiéter largement sur les plates-bandes du voisin. Il ferait la même chose le salaud ! Les entreprises, les syndicats, les associations, tout le monde veut sa part du gâteau que constitue l’asservissement des masses.

Dans ces conditions, je peine à croire qu’il y ait, dans un avenir prochain, une place pour les amoureux de la liberté que nous sommes puisque, par justement, nous refusons les agressions aux libertés. Réunir une majorité d’électeurs sans promettre avantages,  clientélisme, lois diverses et variées, subventions et tout le reste, ce n’est pas pour demain.

Pace !